Notre-Dame de l'Ile (Commune de Luzech)

D'autres sanctuaires jalonnaient le cours du Lot et avaient la faveur des mariniers : Notre-Dame de la Ségalassière en amont de Cajarc, Notre-Dame de Velles près de Vers, Notre-Dame de Castelfranc. Notre-Dame-de-l'Ile compte parmi ces nombreux sanctuaires dédiés à la Vierge construits le long du Lot et vénérés par les mariniers. Jusqu'en 1840, date de la construction d'un canal permettant de franchir l'isthme de Luzech, les rochers à fleur d'eau et les courants violents mettaient en péril les équipages et leur cargaison. Ce passage dangereux explique la dévotion. Historiquement, l'origine de l'édifice reste obscure. Le site a dû être propice aux rites religieux et on trouve un sanctuaire attesté en 1285.


UN ENVIRONNEMENT PRIVILÉGIÉ

La Chapelle Notre-Dame-de-L'Île se situe sur une presqu'île formée par une boucle du Lot d'une longueur exceptionnelle de cinq kilomètres. Isolée au milieu des vignes, elle suscite tout à la fois curiosité et apaisement. Au XIVe siècle, la chapelle se dressait sur une véritable île, d'où son nom. Un bras du Lot, appelé l'Eylo, l'isolait alors du reste de la boucle. Ce bras n'existait plus à la fin du XVIIe siècle.

LA CÉVENNE DES TEULETTES

A mi-hauteur de la cévenne des Teulettes surgit un énorme banc rocheux, tandis qu'en dessous le Lot se débat à grand fracas au milieu des rapides et des rochers dont le lit est parsemé. Parmi ces rochers, le roc de Perdrigal qui pointe à la surface était fort redouté des anciens matelots.
 

Ex-voto marin : une gabarre

Ex-voto marin : la gabarre.

EX-VOTTO ET GRAFFITI

Des ex-voto, brassards de communion, couronnes de mariage, plaques de marbre recouvrent les murs de la chapelle et sont autant de marques de reconnaissances à la Vierge.
Innombrables, mais aussi plus discrets, des graffiti forment une tapisserie étrange. Ils témoignent des prières et des demandes de protection adressées à la Vierge. Toutes ces expressions de ferveur datent de la fin du XIXe et du XXe siècle.
Deux ex-voto rares : une gabarre et un bateau de haute mer, sont actuellement accrochés à la voûte de la chapelle. Fabriquée à la fin du XIXe, la gabarre, bateau à fond plat, correspond au modèle traditionnel des bateaux navigant sur le Lot avant 1850. Les marchandises transportées sur la rivière étaient acheminées vers Bordeaux, puis vers l'Angleterre et l'Europe du Nord. Ce trafic explique la présence, a priori surprenante, de la maquette du navire de mer, datant également de la fin du XIXe.
Ces maquettes constituent un document technologique et historique exceptionnel en Quercy.

A Nòstra-Dòna de l'Eila

MAIRE, los teus enfants qu'aiman de t'avodar
la boca d'una font o l'tap d'una rivièra,
t'an dedicada una capèla, preisonièra del bèl flume,
òrb d'argent que raia a ton front clar. 

« Balha al bon vinhairon carcinòl d'amodar
a temps-per-ora los rasims de la costièra
e, quand caldrà morir, bòta-lo dins la tièra
ont aurà plus beson de fòire e de podar. 

S'oblida d'aclarzir las èrbas de son ama,
s'un còp-èra durbis a la Bèstia que brama,
perdona : el a levat per tu, Rèina del Cèl,


dins la plana alandada al biais d'una alga desca,
jos la carba de l'Olt que l'aiga linda tresca,
Nòstra-Dòna de l'Eila, aquel cande ramèl ! »


Ô Mère, tes enfants qui aiment te vouer
l'entrée d'une fontaine ou le bord d'un ruisseau,
t'ont dédié une chapelle, prisonnière du fleuve,
anneau d'argent qui brille à ton front clair. 

Donne au bon vigneron quercynois de cueillir
à l'heure qui convient les raisins de la côte et,
quand il doit mourir, mets-le dans la rangée
qui ne demande plus ni taille, ni bêchage.


S'il oublie de sarcler les herbes de son âme,
s'il ouvre un peu la porte à la Bête qui brame,
pardonne : il a placé pour toi, Reine du Ciel,

dans la plaine évasée en corbeille profonde,
sous une anse du Lot que tresse l'eau limpide,
Notre-Dame de l'lle, en guise de fleur pure !


Sylvain Toulze


Le percement du canal de Luzech en 1840, a transformé en île la partie méridionale de la presqu'île et le nom de Notre-Dame-de-l'Ile donné au sanctuaire s'explique fort bien.


Statue de Notre-Dame de l'Ile
Elle a toujours porté le même nom parce qu'autrefois un bras du Lot partant du passage de la rivière en face Saint-Vincent-Rive-d'Olt passait devant la Chapelle pour aller retrouver le cours principal du fleuve en face du vallon appelé La Combe de l'Ile.

Statue de la Vierge miraculeuse.
46 cm de haut. Dans la main droite elle tient un bouquet de roses. Sur son bras gauche, l'Enfant Jésus, avec dans une main une pomme et dans l'autre un oiseau. (XIV-XVe siècle)

 

L'ÉDIFICE A TRAVERS LES ÂGES

Après la guerre de Cent Ans, de nombreuses paroisses du diocèse de Cahors sont sinistrées.
La clef de voûte du choeur


Le renouveau économique de la seconde moitié du XVe siècle et la personnalité de l'évêque de Cahors, Antoine de Luzech, contribuent à la reprise des travaux sur les édifices religieux.

En 1504, ce prélat bâtisseur fait raser l'ancien édifice.

La clé de voûte du choeur

Le nouvel oratoire comprend alors une abside à cinq pans, prolongée par une nef d'une seule travée. Cet oratoire constitue le choeur de la chapelle actuelle.

La porte est surmontée d'un écusson soutenu par deux anges présentant les armes de l'évêque : deux croissants d'argent et deux griffons d'azur.

Parfaitement lisibles, ces armes se retrouvent sur la clef de voûte du choeur. La seconde date marquante dans l'histoire de l'édifice est 1840. La chapelle, trop petite pour la foule des pèlerins, est alors agrandie.

Après destruction de l'ancienne façade, la nef est prolongée par deux travées. L'ancienne porte récupérée est intégrée dans la nouvelle façade.

La nef actuelle est flanquée de deux bas-côtés, adaptés à la circulation des pèlerins.

Chapelle Notre-Dame de l'Ile : la façade

On raconte qu'à plusieurs reprises la Vierge apparaissait sur les flancs de la Cévenne. On la voyait descendre au bord de la rivière, dénouer son tablier, l'étaler sur l'eau, puis sur ce frêle esquif, passer sur l'autre rive d'où elle disparaissait à la vue des travailleurs des champs.
Ce serait à la suite de ces apparitions que les habitants de Luzech auraient bâti là une chapelle à la Vierge de l'Ile et que les matelots se mirent sous sa protection.



LÉGENDES ET RÉALITÉS

Une autre tradition vient compléter cette légende : suite à la destruction du premier édifice, une statue de la Vierge, profondément vénérée, est nichée dans le tronc d'un noyer. Plusieurs fois déposée dans l'église Saint-Pierre de Luzech, elle réapparait miraculeusement dans l'île. Un marinier reconstruit alors un nouveau sanctuaire pour remercier la Vierge de sa protection. Ces légendes de fondation de chapelles vouées aux Vierges miraculeuses se retrouvent dans toute l'Europe. Les Vierges, en apparaissant systématiquement au même endroit, choissisent l'emplacement de leur dévotion. Notre-Dame-de-l'Ile compte aussi parmi les nombreux sanctuaires dédiés à la Vierge construits le long du Lot et vénérés par les mariniers.
Jusqu'en 1840, date de la construction d'un canal permettant de franchir l'isthme de Luzech, les rochers à fleur d'eau et les courants violents mettaient en péril les équipages et leur cargaison. Ce passage dangereux explique la dévotion. Historiquement, l'origine de l'édifice reste obscure. Le site a dû être propice aux rites religieux et on trouve un sanctuaire attesté en 1285.

DÉVOTIONS ET PÈLERINAGES

Notre-Dame-de-l'Ile, Notre-Dame de la Plaine, des Pèlerins, des Navigateurs, des Vignerons... Ces multiples appelations témoignent des différents aspects du culte rendu à la Vierge. Dès 1285, la chapelle est présentée comme le siège d'une confrérie, association pieuse de laïcs. D'autres seront fondées jusqu'au XXe siècle. Notre-Dame-de-l'Ile est d'abord et surtout une chapelle de pèlerinage. Celui-ci connaît son apogée entre 1840 et 1930? Chaque année, le pèlerinage se déroule durant une semaine de sptembre. Il rassemblait jusqu'à 6 000 personnes en 1851. Croix de procession en tête et bannière déployées, de nombreuses paroisses du canton se rendaient à la chapelle. Les bannières qui ornent les murs de la chapelle, furent offertes à la fin du XIXe siècle. De chaque côté du chemin qui mène au sanctuaire étaient installés de nombreux stands de sucreries et des auberges improvisées. Ils disparaissent au milieu du XXe siècle et bien que le contexte ait changé le pèlerinage existe encore.

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